Au large de Marseille et de Cassis, dans le sud de la France, les calanques se déploient comme une carte postale parfaite : falaises de calcaire immaculé, eaux turquoise, promesse d’évasion. Elles sont un hymne à la beauté méditerranéenne. Mais derrière ce tableau idyllique d’azur et de pinède, le territoire recèle une autre histoire, enfouie sous la surface de ses eaux bleues et dans les mémoires : celle de pollutions persistantes et de combats menés des décennies contre les rejets en mer de l’usine de Gardanne, les fameuses boues rouges.

Ces déchets, issus de la production d’alumine à partir du minerai de bauxite, ont été rejetés dans les profondeurs de la Méditerranée à partir de la fin des années 1960. Pendant plus d’un demi-siècle, et près de 20 millions de tonnes de boues rouges déversées en mer, les acteurs du territoire des calanques se sont affrontés autour de la gestion de ces déchets. La question était simple mais décisive : la mer pouvait-elle continuer d’être l’aboutissement ultime des rejets de l’activité humaine ? Dans cette lutte au long cours pour le milieu marin, un tournant décisif en 2015 a ouvert la voie à une gestion plus stricte et encadrée des rejets de Gardanne. Il a marqué la fin des déversements solides de boues, tout en maintenant des rejets liquides. Ces derniers, appelés à disparaître dans la perspective du zéro rejet à moyen terme, demeurent toutefois l’héritage de cette histoire qui perdure en mer.

Mais comment révéler la pollution cachée sous la surface de plusieurs décennies de rejets industriels ? Comment retracer leur histoire et rendre compte des progrès réalisés pour limiter leur impact dans l’environnement marin ? Comment offrir une nouvelle perspective sur le paradoxe entre activité industrielle et préservation des zones maritimes au sein du Parc des calanques ? Telle est la gageure entreprise par Stéphanie Jacquet, chercheuse au CNRS en océanographie, et Franck Desplanques, photographe passionné par la relation entre l’homme et la nature. C’est cette histoire complexe et controversée des boues rouges que raconte Rouge Amer sous forme d’une approche multiple mêlant science, investigation et photographie artistique. La rencontre presque improbable entre le savoir et l’émotion. Rouge Amer invite à une plongée inédite au cœur des calanques, non pour briser le rêve, mais pour l’enrichir d’une profondeur insoupçonnée.

Rouge Amer invite à percevoir les Calanques au-delà de leur image d’Épinal : un espace vivant, témoin d’un passé et d’un présent complexe, où se jouent combats et progrès. C’est aussi l’histoire de la Méditerranée, miroir de nos choix et de notre capacité à concilier l’homme et la nature. Derrière chaque paysage iconique, dans les calanques comme partout dans le monde, se cachent des enjeux humains et environnementaux essentiels. Ce livre s’adresse à tous ceux qui, face à la mer, ressentent émerveillement et inquiétude, et souhaitent plonger dans les profondeurs marines, au-delà des apparences et le tumulte des débats, pour comprendre l’avenir de notre relation à la mer. Rouge Amer est, en quelques mots et en quelques images, l’illustration de cette relation complexe et indissociable, dans toute son ambiguïté et sa fragilité partagée.

Financements: Agence de l’EAU, EAURMC & MITI CNRS, GDR OMER

Coordinateurs:
Stéphanie Jacquet, CNRS, Institut Méditerranéen d’Océanologie (MIO), stephanie.jacquet@mio.osupytheas.fr
Franck Desplanques, auteur de documentaire et photographe, deplanques@wanadoo.fr

Photo: © F. Desplanques