Les résidus solides de bauxite (boues rouges), déversés en mer durant près de 55 ans, ont cessé fin 2015. Ils ont été remplacés par le rejet d’un effluent liquide, dont la poursuite a été autorisée par l’arrêté préfectoral du 28 décembre 2015. Cet effluent est issu de la filtration des résidus de bauxite au moyen de filtres-presses, permettant de séparer la fraction solide de la fraction liquide correspondant aux eaux de procédés. La fraction solide de la filtration a été de nouveau stockée à terre, sur le site de Mange-Garri, tandis que la partie liquide a continué d’être évacuée en mer. L’effluent rejeté dans la canalisation correspond à un mélange d’eaux de procédés filtrées et d’eaux utilitaires, ajoutées afin d’assurer un débit technique minimal dans la canalisation. L’effluent dit « clarifié », c’est à dire filtré, contient une concentration en matière en suspension inférieure à 25 mg/L (contre environ 300 g/L dans les boues d’origine). L’objectif de suppression de rejets solides en mer a bien été atteint en 2015. Cependant, plusieurs paramètres chimiques de l’effluent ont nécessité des dérogations temporaires pour respecter les seuils réglementaires, avant d’atteindre la conformité en 2021. En 2022, l’usine a modifié son procédé de production d’alumine, désormais obtenue par le raffinage d’un hydrate d’alumine importé. Cette évolution n’a pas remis en cause la conformité de l’effluent rejeté en mer.

Entre 2026 et 2021, plusieurs traitements de l’effluent ont été mis en œuvre afin d’atteindre les normes en vigueur. Les principaux enjeux concernaient la réduction des concentrations en Al, qui atteignaient environ 181 mg/L, et de son pH très élevé, alors de 12.5. L’Al provenait des résidus de bauxite, et le pH résultait du procédé Bayer, qui utilise de la soude pour extraire l’alumine de la bauxite. En 2018, l’installation d’une station de traitement au dioxyde de carbone (CO2) a permis d’abaisser le pH de l’effluent à une valeur proche de celle de l’eau de mer (environ pH 8) et de réduire la concentration en Al d’un facteur d’environ 500, atteignant des valeurs de l’ordre de 400 μl/L. En 2020, une station de traitement biologique est venue compléter ce dispositif afin d’ajuster plusieurs paramètres biologiques. Grâce à ces installations, l’usine a atteint en 2021 les normes de qualité imposées par l’autorisation de rejet délivrée en 2015.

La mise en place progressive des stations de traitements, puis le changement de procédé industriel en 2022, ont conduit à la diminution globale des concentrations en métaux de l’effluent rejeté en mer. La baisse la plus marquée concerne l’Al, dont les concentrations ont drastiquement diminué à partir de 2018 à la suite de l’installation de la station au CO2. Des incidents ponctuels liés aux phases d’ajustement des dispositifs de traitement, notamment lors de la mise en service de la station biologique, ont conduit à des dépassements temporaires des seuils autorisés en Cu, As et V en 2020 et 2021. A partir de 2022, le changement de procédé a également réduit les concentrations de plusieurs métaux (As, Cr, Cu, Pb, V), tandis que l’Al est resté globalement stable (entre 400 et 700 μl/L). Depuis 2021, l’effluent est conforme aux seuils réglementaires et fait l’objet d’ un suivi régulier assuré par l’usine et les services de l’État.

L’effluent parcourt environ 54 km de canalisation, dont 7 km en mer, avant d’être rejeté au large de Cassis, à 330 m de profondeur, en tête du Canyon de Cassidaigne, qui atteint plus de 2200 m de fond. Ce trajet dure environ 14 heures, avec un débit entre 220 et 270 m3 h-1. L’exutoire de la canalisation est aujourd’hui recouvert par une épaisseur de dépôts historiques de boues rouges. Après avoir traversé ces dépôts, l’effluent se mélange à l’eau de mer, donnant lieu à la formation d’un panache blanc de particules et de concrétions surplombant l’exutoire.

À la suite de l’autorisation de poursuite du rejet de l’effluent fin 2015, le préfet a institué le Comité de Surveillance et d’Information sur les Rejets en Mer (CSIRM), chargé d’encadrer le suivi environnemental marin. Ce suivi, mis en œuvre par l’industriel selon le principe du pollueur-payeur, a débuté en 2016 et s’est décliné en neuf volets d’étude visant à évaluer l’impact de l’effluent sur les différentes composantes du milieu marin (eau, sédiments et biota). Depuis 2021, le suivi a été recentré sur un nombre plus restreint de volets, et la réflexion porte aujourd’hui sur la pertinence de nouvelles études, notamment concernant la remobilisation potentielle des contaminants issus des dépôts historiques et leur transfert au sein des réseaux trophiques.

Le passage d’un rejet solide à un rejet liquide a entraîné plusieurs évolutions notables dans le milieu marin. L’une des premières améliorations observées a été le retour progressif d’espèces benthiques sur les fonds marins, auparavant soumis à un dépôt actif de boues. Par ailleurs, le traitement de l’effluent a permis de réduire significativement les niveaux de contaminants métalliques transférés dans la colonne d’eau, en particulier pour l’Al. L’empreinte chimique du panache dans l’eau de mer demeure relativement localisée. Elle est détectable sur plusieurs dizaines de mètres au-dessus du point de rejet (environ 100 m), sans remontée jusqu’à la surface, traduisant une dilution rapide de l’effluent dans l’eau de mer. Jusqu’en 2018, la formation de concrétions et d’un nuage de particules était observée à l’exutoire. Ces processus ont cessé après la neutralisation de l’effluent par la station de traitement au CO₂. Les impacts détaillés de l’effluent sur le milieu marin sont présentés ici.

Si l’arrêt du rejet de résidus solides en mer a pu être mis en œuvre à l’échéance 2015, la suppression totale de tout rejet liquide n’était pas techniquement envisageable à ce stade, en l’absence de solutions industrielles permettant un traitement et une réutilisation intégrale de l’effluent. Le rejet en mer constitue aujourd’hui une solution transitoire, dont l’arrêt est prévu à l’horizon 2030. Des technologies sont actuellement en cours de développement afin de permettre, à terme, une réutilisation complète de l’effluent sur site.

Monnin, C., Boussougou, A. L. K., Oliva, P., Garnier, C., and Jacquet, S.: Characterization of the submarine disposal of a Bayer effluent (Gardanne alumina plant, southern France): II. Chemical composition of the clarified effluent and mineralogical composition of the concretions formed by its discharge in the Mediterranean Sea, Environmental Advances, 5, 100087, https://doi.org/10.1016/j.envadv.2021.100087, 2021.

Callens, L., Jacquet, S., Royer-Carenzi, M., Mille, D., Dufour, A., Herlory, O., and Monnin, C.: Characterization of the submarine disposal of a Bayer effluent (Gardanne alumina plant, southern France) IV: Consequences of the change in the effluent composition following modifications in the production process from 2016 to 2024, Marine Pollution Bulletin, 222, 118805, https://doi.org/10.1016/j.marpolbul.2025.118805, 2026.